Cette semaine, à la maison, c’était New Bike Day.

Un nouveau vélo pour Junior. Et forcément, quelques minutes seulement après l’avoir récupéré, une seule véritable question comptait : Papa ? Quand est-ce qu’on va rouler ?

Quand on aime soi-même le sport, voir son enfant prendre plaisir à pratiquer est forcément quelque chose d’un peu particulier.

Mais cela pose aussi une question : comment transmettre une passion à son enfant sans chercher, même inconsciemment, à lui transmettre aussi ses propres ambitions ?

Parce qu’entre partager sa passion et vouloir fabriquer un mini-nous, la frontière peut parfois être plus fine qu’on ne le pense.


Chez nous, le sport fait partie du quotidien.

Entre les entraînements, les vélos, les chaussures de course qui traînent, les compétitions, les discussions autour des prochaines échéances et toute l’organisation qui va avec, difficile pour Junior de grandir sans être entouré de sport.

Le vélo en fait évidemment partie.

Autant que je me souvienne, il a presque toujours été sur deux roues. Il savait à peine marcher qu’il arpentait déjà l’appartement sur sa draisienne. Et à chaque Noël ou anniversaire, ou presque, il fallait changer de vélo pour passer à la taille supérieure.

J’ai encore en mémoire – et la vidéo pour le prouver – sa fierté le jour où nous avons retiré les roulettes.

« Regarde Papa, comme Pogi ! »

Il serait donc très facile de considérer comme une évidence qu’il aime ça lui aussi.

Sauf qu’un enfant n’est pas la prolongation sportive de ses parents.

Et je crois justement que le premier défi est là.


Quand on pratique soi-même beaucoup, on finit par avoir une vision assez particulière du sport.

On compte les kilomètres. On regarde la vitesse moyenne. On parle de puissance, de fréquence cardiaque, de zones d’entraînement, de récupération…

Bref, on transforme assez facilement une sortie à vélo en tableau Excel.

À 10 ans, heureusement, les priorités peuvent être légèrement différentes.

Un chemin sympa, une descente, une flaque de boue, un endroit où s’arrêter ou simplement le plaisir d’aller vite peuvent avoir beaucoup plus d’importance que la moyenne affichée à la fin de la sortie.

Et c’est probablement très bien comme ça.

Faire aimer le vélo à un enfant, ce n’est peut-être justement pas lui apprendre immédiatement à s’entraîner.

C’est d’abord lui donner envie de remonter sur son vélo la fois suivante.


C’est probablement la partie la plus délicate.

Parce que lorsqu’on sait qu’un enfant est capable de faire davantage, la tentation existe forcément de l’encourager à continuer.

Encore cinq kilomètres.

Encore une montée.

Encore un effort.

Et parfois, ce sera exactement ce dont il aura besoin pour découvrir qu’il était capable de quelque chose qu’il pensait impossible.

Mais d’autres fois, il aura simplement besoin qu’on accepte que la sortie s’arrête là.

J’en ai eu un bon exemple lors de sa dernière sortie avec son premier vélo de route, celui que nous venons justement de remplacer.

Au programme : 30 à 45 minutes, tranquillement, à son rythme.

Au bout d’un quart d’heure, il commence à se plaindre plus que d’habitude, notamment de douleurs au dos. Cette fois, inutile d’insister. Son vélo était simplement devenu trop petit pour lui.

Nous sommes rentrés.

Sans frustration, sans « allez, encore un peu ».

Je lui ai simplement expliqué que la prochaine sortie se ferait avec sa nouvelle monture et que les sensations seraient probablement bien différentes.

Finalement, accompagner son enfant dans le sport consiste peut-être moins à savoir jusqu’où il peut aller qu’à apprendre quand l’encourager et quand savoir s’arrêter.

Et je ne suis pas certain qu’il existe une formule parfaite pour ça.


Il y a aussi quelque chose que j’aime particulièrement avec le vélo : on peut très facilement oublier la notion d’entraînement.

On ne part plus nécessairement pour « faire du sport ».

On part quelque part.

Une boucle à découvrir, un chemin qu’on ne connaît pas, une destination, une pause quelque part…

Le vélo devient alors simplement le moyen de vivre une petite aventure ensemble.

Et pour un enfant, la différence me paraît importante.

C’est exactement comme cela que nous avons vécu l’ascension de son premier petit col cet été.

Pas comme un entraînement. Pas comme une séance à valider.

Simplement comme une aventure en famille, avec au bout quelque chose qui lui semblait encore irréalisable quelques semaines auparavant.

J’aime assez cette idée : marquer certaines étapes de sa progression par un souvenir plutôt que par un chiffre.

Un premier col. Une nouvelle distance. Une sortie particulière. Une destination qu’il avait envie d’atteindre.

Ce sont probablement ces petites aventures qui construisent davantage l’envie de pratiquer sur le long terme qu’un programme d’entraînement parfaitement construit.


C’est aussi pour ça qu’un New Bike Day est toujours un peu particulier.

Bien sûr, il y a l’objet.

Le nouveau vélo, les nouvelles sensations et cette envie immédiate d’aller l’essayer.

Mais ce que j’aime surtout, c’est ce qu’il représente.

Les prochaines sorties.

Les endroits où nous irons.

Les premières fois où il faudra peut-être l’attendre… et probablement celles, un jour, où ce sera lui qui devra m’attendre.

Ce n’est probablement pas un hasard si le premier véritable article publié sur ce site parle finalement beaucoup de Junior.

En tant que père, il y a forcément beaucoup de fierté à le voir s’accrocher pour atteindre chacun de ses petits sommets.

Bien sûr, parfois il m’agace.

Parfois il est de mauvaise foi.

Et parfois aussi… il a juste la flemme.

Mais il a 10 ans. Il est encore un enfant. Et c’est très bien comme ça.

Sans chercher la comparaison facile ni vouloir en faire plus que nécessaire, je le vois progresser à vélo un peu comme je le vois progresser dans la vie.

Essayer.

Douter.

Parfois râler.

Recommencer.

Et, petit à petit, aller un peu plus loin.

Pour l’instant, pas besoin de savoir jusqu’où tout cela nous mènera.

L’objectif est beaucoup plus simple :

qu’il ait envie de reprendre son vélo.

Et si, au passage, on peut encore partager quelques kilomètres ensemble, ça me va plutôt bien.


Un nouveau vélo, une première sortie et le début de nouvelles aventures pour Junior.

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